Affaire Fillon : « Les dégâts risquent d’être lourds dans l’opinion »

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Nicolas Chapuis, chef du service politique du « Monde », a répondu à vos questions à propos des soupçons d’emploi fictif de l’épouse du candidat LR.

François Fillon invité du 20 heures de TF1 jeudi soir.

Nicolas Chapuis, chef du service politique du Monde, a répondu aux questions des internautes à propos des soupçons d’emploi fictif de l’épouse du candidat de la droite à l’élection présidentielle.

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Guillaume : François Fillon peut-il vraiment être mis en examen avant l’élection présidentielle ? L’enquête préliminaire concerne-t-elle aussi la « Revue des deux mondes » ?

Nicolas Chapuis : Le rythme de la justice est parfois dur à suivre, mais en l’occurrence le parquet a manifestement décidé d’accélérer. Michel Crépu, qui était rédacteur en chef de la Revue des deux mondes et affirme n’avoir jamais vu Mme Fillon, et Christine Kelly, journaliste et auteure d’une biographie en 2007 de François Fillon qui explique elle aussi n’avoir jamais eu connaissance de l’implication dans la politique de celle-ci, vont être entendus ce vendredi.

Sur la rapidité d’une éventuelle mise en examen, il n’y a pas de règle en la matière. Ça peut aller vite, comme ça peut traîner. Tout dépend de ce que le parquet trouve ou ne trouve pas. Rappelons que nous sommes au stade de l’enquête préliminaire. Si le parquet estime qu’il y a des éléments probants il ouvrira une information judiciaire confiée à un juge d’instruction qui décidera ensuite selon les preuves de mettre en examen ou non. Cela peut prendre trois semaines, trois mois, trois ans…

Concernant votre deuxième question : l’enquête préliminaire a été ouverte pour détournement de fonds publics (cela concerne le volet à l’Assemblée nationale), abus de biens sociaux (pour la partie qui concerne la Revue des deux mondes) et recel de ces délits.

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Laurent : Est-ce déjà arrivé qu’un candidat à l’élection présidentielle se retire à cause d’une mise en examen ?

Sous la Ve République, pas à ma connaissance.

Nico : M. Fillon parle du travail fait pour lui, par sa compagne qui l’a naturellement assisté en tant qu’épouse et collaboratrice. Mais la question du travail fait par son épouse pour le compte de son successeur/suppléant reste floue. Sachant qu’en outre c’est à cette période que la rémunération de Mme Fillon a atteint des sommets. Pourra-t-elle prouver une activité réelle en tant qu’assistante de M. Joulaud ? Si le soutien à son mari peut-être plus simple à démontrer, le travail pour le compte de son successeur semble très obscur.

En effet, il faut bien préciser : Mme Fillon a travaillé pour son mari en tant qu’assistante parlementaire entre 1998 et 2002. Puis, quand il est devenu ministre, elle est restée l’assistante de son suppléant, devenu député, M. Joulaud. C’est à ce moment que sa rémunération a atteint 7 900 euros brut, ce qui est très au-dessus du salaire standard des assistants. M. Joulaud est resté pour le moment très discret sur la réalité de ce travail et sur l’importance de la rémunération. C’est l’un des aspects les plus flous de cette affaire, que la justice devra élucider.

Kenshin : Qui pourrait durcir les conditions d’éligibilité en France ?

La loi, et donc ceux qui la font, les parlementaires.

Lucie : Un retrait de la candidature de François Fillon est-il réaliste ? Qui représenterait le parti LR aux élections dans ce cas ? Peut-on déjà conclure que cette affaire place Macron et Le Pen en tête des intentions de vote ?

Je comprends que vous vous posiez la question, mais c’est s’avancer très loin… Au fond, François Fillon, jeudi soir au « 20 heures » de TF1, n’a fait que répéter ce qu’il avait dit pendant la campagne de la primaire de la droite : en cas de mise en examen, il se retirerait de la course. Cette phrase prend juste plus d’importance désormais qu’un soupçon sérieux pèse sur lui.

Le scénario d’un retrait du candidat n’est pas, à l’heure ou nous parlons, le plus probable. Et le plan B n’est pas clairement établi. Interrogé ce vendredi matin à Bordeaux, Alain Juppé a déjà expliqué qu’il ne serait pas un recours.

Quant aux intentions de vote, j’attendrai de voir la prochaine vague de l’enquête que Le Monde réalise chaque mois en partenariat avec le Cevipof et Ipsos. Mais il est certain que cette affaire aura une influence.

Ed : Le statut d’assistant étant assez flou, les Fillon ne vont-ils pas s’en tirer avec une pirouette ? On a entendu certain affirmer que Penelope Fillon avait travaillé en prenant en exemple une simple présence à une inauguration ou commémoration…

Ce qui est certain c’est qu’il est très difficile de prouver « l’absence » de travail. M. Fillon, en décrivant les tâches que sa femme aurait effectuées, jeudi soir lors du journal de « 20 heures », a principalement fait référence à des actions non traçables : présence à des rencontres, remontées des « évolutions de la société », correction de discours, synthèse de la presse… Le dossier risque de reposer sur beaucoup de déclaratif. Mais au-delà du volet judiciaire, les dégâts pour François Fillon risquent d’être surtout lourds dans l’opinion.

Clem : La « Revue des deux mondes » est-elle propriété publique ou privée ? Est-ce une faute de payer quelqu’un à ne rien faire ? Qu’est ce qui empêcherait un patron d’avoir des employés qui ne travaillent pas ?

C’est une revue privée, propriété du groupe Fimalac détenu par Marc Ladreit de Lacharrière, un ami de M. Fillon. La qualification judiciaire dans ce cas-là est celle d’abus de biens sociaux.

Alexis : Est-ce que « Le Canard enchaîné » avançait des preuves qui semblaient irréfutables si vérifiées ? C’est-à-dire pas des on-dit comme « nous n’avons jamais vu Mme Fillon »…

Le Canard enchaîné a apporté à la fois les fiches de paie de Mme Fillon, et a interrogé une série de personnes qui auraient dû théoriquement avoir connaissance du travail de Mme Fillon et qui sont tombées des nues. Michel Crépu, le rédacteur en chef de la Revue des deux mondes, n’a jamais vu Penelope Fillon. Une assistante parlementaire de M. Joulaud déclare elle aussi n’avoir jamais eu connaissance du travail de Mme Fillon, censée pourtant être l’autre collaboratrice du député.

Ce ne sont pas des preuves irréfutables, mais ce qu’on appelle dans la presse « un faisceau de preuves » qui justifie la parution d’un article. Si vous lisez bien Le Canard enchaîné, l’auteur se garde bien d’ailleurs d’employer les mots « d’emploi fictif », il évoque juste une assistante que personne n’a vue.

D’ailleurs, et c’est très intéressant, M. Fillon s’en prend au Canard, mais sur le fond, il ne nie rien : oui, elle a bien été payé les sommes avancées par le journal, et oui personne ne l’a vue, mais ça serait parce qu’elle a effectué un travail de l’ombre.

Adridev : Avez-vous des pistes quant à la source de ces révélations ? Un autre candidat ? Une personne proche de Fillon ?

Je comprends votre question mais au Monde, nous n’enquêtons pas sur les sources de nos confrères. Le secret des sources est une règle très importante qui permet à la presse de faire son travail. Ce qui n’empêche pas les responsables politiques de chercher l’auteur de la fuite et s’accuser les uns les autres en coulisse depuis trois jours.

Patrique : Pourquoi, alors que c’est Penelope Fillon qui est mise en cause, c’est son mari qui répond aux questions des journalistes ?

C’est notre métier de poser ces questions, mais Penelope Fillon n’a aucune obligation de répondre à celles des journalistes. Il n’y a qu’à la justice qu’elle se doit de répondre. En revanche, son mari est candidat à la présidence de la République, et il est directement mis en cause dans cette affaire, puisque c’est lui (puis son suppléant) qui embauché sa femme et c’est son ami (Marc Ladreit de Lacharrière), qui possède la Revue des deux mondes. Il est donc logique qu’il vienne s’expliquer devant la presse.

Pierre : Au sujet de cette affaire Penelope Fillon, quelles sont les prochaines dates qui vont marquer l’avancée de l’enquête ? Y a-t-il un délai avant l’ouverture d’une information judiciaire ?

Vous êtes nombreux à poser cette question des délais de la justice. La réponse est simple : il n’y en a pas. La justice peut trancher dans quelques jours comme dans quelques mois.

JO-Jie : J’ai lu que Mme Fillon avait répondu à des interviews il y a quelques mois indiquant qu’elle commençait à s’immiscer dans la vie politique de son mari depuis la primaire de la droite… Ce qui impliquerait donc qu’elle ne l’a jamais fait par le passé. Avez-vous des informations ?

En effet, dans toutes ses interventions, Mme Fillon s’est toujours présentée comme une femme au foyer qui ne s’occupe pas des affaires publiques. Elle est tout de même conseillère municipale de sa ville depuis 2014. En 2016, elle a donné une interview au Bien public, qui résonne aujourd’hui étrangement. Elle y déclare : « Jusqu’à présent, je ne m’étais jamais impliquée dans la vie politique de mon mari. » M. Fillon se justifie aujourd’hui en disant qu’elle voulait signifier qu’elle ne s’impliquait pas au premier rang… Mais la déclaration fait du mal à sa défense.

Damien : Sait-on quel est le salaire moyen des assistants parlementaires ?

Les députés ont une enveloppe de 9 561 euros mensuel pour rémunérer jusqu’à cinq collaborateurs. Depuis une loi de 2014 (postérieure à l’affaire Penelope), un collaborateur ne peut pas toucher plus de la moitié de l’enveloppe. Habituellement, le salaire des collaborateurs est beaucoup moins élevé que les sommes touchées par Mme Fillon.

J’en profite pour répondre à d’autres questions posées sur le travail des assistants : il est très divers. Il peut s’agir de rédiger des notes pour le député, d’écrire des communiqués de presse, de traiter avec les médias, de faire de la recherche documentaire, de rédiger des amendements. En circonscription, l’assistant représente le député quand il siège à l’Assemblée nationale. Il peut recevoir les administrés à la permanence, faire remonter les sujets de préoccupation des électeurs, gérer la permanence au téléphone, etc.

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